p. 23 à 30 du livre
Supposons que l’on vous confie une charge, un poids, une peine, bref quelque chose de négatif et que vous ayez vécu un événement
semblable que vous n’auriez pas perçu négativement. En vous comparant, vous dénigrez la confidence, ce qui en accentue le poids négatif chez celui ou celle qui se confie.
Exemple :
−
Mon patron me tyrannise, me stresse et j’en perds le sommeil, donc je m’affaiblis et j’en deviens réellement incompétent. Je n’en peux
plus…
− Allons, prends-le positivement ! Si tu tiens bon, tu apprendras à
faire face à une grosse charge de travail et à gérer ses humeurs.
Cette réplique qui part d’un bon sentiment sera émise par une personne ayant vécu une relation apparemment semblable de manière positive. Elle
tentera de projeter son expérience positive sur son interlocuteur en toute bonne foi. Mais ce dernier aura le sentiment négatif que sa confidence est sous-estimée ; il souffre et sa
douleur n’est pas reconnue ; pire : elle s’en trouvera accrue. La reconnaissance de la souffrance est pourtant une étape empathique fondamentale avant de passer aux
conseils.
Autre exemple :
−
J’ai mal au ventre, je vais me coucher et me reposer.
− Tu devrais aller chez le médecin, c’est peut-être
grave !
Le lendemain :
− Comment vas-tu ? Toujours mal au
ventre ?
− Non, non, c’est passé, je suis fraîche et dispose,
merci.
− Tu devrais quand même te faire examiner car tu as
peut-être un fibrome.
Une semaine plus tard :
− Alors, comment va ton ventre ?
− Quoi ? Ha ! J’avais déjà oublié. C’est loin
derrière moi. Je suis en bonne santé, merci !
− Tu n’es toujours pas allée faire des examens
médicaux ?
A la longue, ce rabâchage risque de créer le mal inexistant à la base. Il suffit que la personne à qui il s’adresse ait un moment de faiblesse
ou simplement qu’elle soit agacée par ces répétitions incessantes pour somatiser le mal supposé et inculqué par son interlocuteur.
Supposons que l’on vous confie une joie, un bonheur, une passion, bref quelque chose de positif et que vous ayez vécu un événement
semblable que vous n’auriez pas perçu positivement. En vous comparant, vous romprez le charme et le bonheur de la confidence, vous aurez le rôle de rabat-joie.
Exemple :
− J’ai reçu ma lettre de lauréat de concours pour cette institution
européenne ! Chouette !
−
Ne te fais pas d’illusion ! Tu ne seras pas embauché : tu fais partie des nationalités ayant atteint leur quota !
Cette réplique part peut-être d’un bon sentiment (celui de mettre en garde contre des illusions) de la part d’une personne ayant vécu un
concours sans avoir été embauchée ou ayant été témoin d’une semblable déconvenue...
Mais pour la personne qui s’enthousiasme après les efforts accomplis tout au long de la procédure de recrutement, cette réplique se traduira
par : « Oui, c’est bien, mais en fait tu t’es crevé pour rien car tu n’y entreras pas dans cette institution ! » La réplique empathique et ouverte eût été d’accueillir cette
joie partagée par une réplique enthousiaste et encourageante, du style : « Génial, félicitations ! À présent, l’autre combat sera d’y être embauché sur le poste qui
convient. »
De même, comparer la confidence à un événement dont vous auriez été témoin, auprès d’une personne qui vous est proche, tronquera votre
perception, ce qui induira l’expression d’un jugement, réel ou connoté, positif ou négatif qui sera hors propos.
Il s’agit là principalement de projections et de transferts.
Comparaisons de critères personnels
Les critères de tout un chacun ne reflètent pas la réalité. S’ils sont valables pour leur propriétaire, ils sont peut-être ignorés ou rejetés
par un tiers.
Comparer ses critères à ceux d’autrui en critiquant ces derniers, car ne correspondant pas à notre vérité, n’est pas constructif,
mais bien vide d’empathie ; a fortiori si on les impose à autrui.
Comparer vos critères d’un domaine particulier de la vie au quotidien avec une tierce personne peut avoir des conséquences humaines négatives,
voire désastreuses. Cela, même (voire d’autant plus) s’il s’agit d’un(e) de vos proches.
Exemple de comparaison de critères de propreté :
Vous pensez être propre. Vous avez vos critères et vos habitudes. Vous constatez que B. nettoie les toilettes avec la même lavette que celle
qui nettoie le lavabo de la salle de bains. Cela vous dégoutte car vous ne le faites jamais. Vous comparez et tirez la conclusion hâtive que B. n’est pas propre. Ce que vous ignorez c’est que B.
nettoie la lavette à l’eau bouillante avec un désinfectant et procède à ce nettoyage tous les jours. Vous ne nettoyez qu’une fois par semaine, les lavettes passent à l’eau tiède sans
désinfectant. Si B. devait vous surprendre peut-être trouverait-il votre manière de faire « sale ».
Si vos critères de propreté sont plutôt simples, vous allez trouver A. ou B. « maniaques ». Ces derniers se trouvant « propres » vous
trouveront « sale » et jugeraient C. « maniaque » si ce dernier a des critères de propreté plus pointus.
Qui est sale ? Qui est propre ? Qui est maniaque ? Tout dépend de vos limites à vous, donc de votre point de vue, de vos sensations, de vos
habitudes. Les limites du tolérable vers le bas ou vers le haut reviennent toujours au respect de l’autre. Si l’autre ne peut supporter vos critères, soit il faudra les adapter mutuellement,
notamment si d’autres domaines de vie doivent être partagés ; soit il faudra prendre du recul dans la relation.
Si vous êtes empathique, vous ne jugerez pas l’autre comme étant « sale » ou « maniaque », car vous saurez que la comparaison n’apporte
rien de constructif. Si vous en venez à en discuter, en cas de cohabitation dans un bureau ou dans la vie intime, il semble constant que les résultats positifs s’obtiennent lorsque celui ou celle
ayant des critères (de propreté) moindres s’adapte à ceux plus pointus de l’autre, ce dernier devant aussi relativiser. La discussion ne doit pas contenir de jugements, ni de critiques, mais
mettre en avant la différence de critères et les expliciter. Comparaisons et jugements entraînent des braquages et des ruptures.
Evidemment, il faut être deux à adopter l’attitude empathique. Si vous êtes le seul à produire un effort, le résultat mutuel escompté ne sera
pas atteint.
Ces types de comparaisons sont les conséquences de projections ou de transferts.
Exemple de comparaison en matière de santé :
A. dit à B. : « Dès que je suis en contact avec de la fumée de cigarette ou de cigare ou avec un air ambiant vicié, j’ai au moins une crise
d’asthme. »
B. (qui fume) rétorque à A. : « Mais c’est dans ta tête tout ça ! »
Supposons que l’asthme de A. soit d’origine psychique ; il n’en reste pas moins qu’il l’aura sa crise d’asthme (qui peut avoir des
conséquences dramatiques) si B. ne respecte pas le besoin de A. d’évoluer dans des lieux où l’air est sain.
Que l’asthme soit « dans la tête » de A. ou qu’il y ait une réelle cause physiologique , l’attitude empathique de B. serait de respecter le
besoin qu’a A. d’éviter le contact avec toute forme de fumée.
La réplique de B. contient plusieurs messages sous-jacents anti-empathiques :
- négation => refus de croire à la réalité de l’asthme ;
- culpabilisation => c’est ta faute si tu as des crises d’asthme ;
- interprétation => sentiment de culpabilité suivi d’une volte-face tu me dis ça parce que je
suis coupable de tes crises d’asthme ;
- égocentrisme => je fume et ça ne me rend pas malade, donc toi non plus.
Voilà comment une simple petite phrase peut contenir autant de violence, nuire à la compréhension mutuelle entre deux personnes et porter
atteinte à l’authenticité de la relation.
Exemple de comparaison en termes de succès :
C. a trente ans et suit des cours du soir. D. a trente-cinq ans, a interrompu ses études pour se marier et avoir des enfants.
C. partage une bonne nouvelle avec D. : « J’ai réussi mes examens avec brio ! Plus qu’un an et j’aurai mon diplôme tant souhaité. »
D. rétorque : « C’est pas à trente ans qu’on reprend des cours du soir ! Il est grand temps que tu te maries et que tu fasses des enfants !
»
Il y a deux messages possibles inhérents à la rétorque de D.
- Soit D. assume son choix (mariage et enfants) et a la croyance fortement enracinée que le seul chemin à suivre est celui-là – repère
restreint, égocentrisme.
- Soit D. n’assume pas son choix (mariage et enfants) et ne supporte pas que la liberté de C. lui permette de suivre les études que D. n’a pas
pu suivre pour les raisons qui la concernent – jalousie.
Quelle que soit la motivation de la répartie de D., elle a pour résultat d’être rabat-joie, de tirer vers le bas, de manquer de respect
vis-à-vis du choix et du besoin qu’a C. de suivre ces cours du soir. La réplique empathique aurait pu ressembler à : « Hé bien, je suis contente pour toi ! » en pensant réellement ces
mots-là.
Néanmoins, il est à souligner que la rétorque directe de D. à C. est préférable à l’absence de feedback. Le silence pourrait être suivi, dans
cet exemple, de médisances à l’insu de C. qui pourraient facilement dégénérer en calomnies par l’intermédiaire de personnes de mauvaise foi.
La répartie directe, même si elle est exempte d’empathie, permet à C. de savoir à quoi s’en tenir et/ou de se défendre si nécessaire.
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amélioration de certaines tournures de phrases.
Bonne lecture !
Diane Dechièvre
Voir infra, Les conseils.
Voir infra, Les freins à l’empathie.