N’en déplaise aux négateurs, on mange bien du chat aux Antilles !
Voici le résumé de mon enquête menée depuis environ deux ans et demi.
D’après une voisine d’un quartier chic de Fort-de-France, on mange du chat bien plus souvent qu’on pourrait se l’imaginer. Mais comme c’est
interdit, on ne dit rien ou on fait passer le chat dans l’assiette pour du lapin, car ils ont quasiment le même goût. On choisit un chat au poil sain et bien dodu. De préférence un mâle, mais si
une femelle semble appétissante, on n’hésite pas.
Il y a un groupe de personnes dans mon quartier qui se réunissent une fois par mois pour déguster un ragoût de chat aux haricots rouges, me
raconte un chef de service d’une mairie.
Je connaissais un monsieur qui avait pour habitude de se lever aux aurores et de monter la vallée de Didier avec son bâton et son sac pour
capturer des chats, me raconte un cadre d’une collectivité locale.
La capture se fait de deux manières. Les non-superstitieux usent de la manière directe : on assène un coup de bâton fatal sur la tête du chat
avant de l’ensacher. Les superstitieux attrapent le chat vivant, le fourrent dans un sac genre postal, puis le noient en le maintenant dans le sac pour que le chat ne puisse pas voir ses
agresseurs et s’en venger après sa mort, m’explique un proviseur de lycée.
Ensuite on le dépèce. Les plus discrets jettent la fourrure à la poubelle, les autres la laissent traîner là…
Moi non seulement j’affirme que tous les jours il y a au moins un chat mangé en Martinique, mais en plus j’ai assisté à la préparation
culinaire, me raconte un cadre de EDF. Il y a une dizaine d’années, un pêcheur de Bellefontaine nous a expliqué comment cuisiner le chat tout en démontrant – sur un individu qu’il venait de
capturer et de noyer en bordure de mer – comment on le dépèce, comment on lui retire les glandes des pattes pour diminuer les trop fortes odeurs (comme pour le lapin), comment on le découpe. Il
allait ensuite le laisser macérer dans du vin durant un jour ou deux, avant de préparer le ragoût.
Certains me disent : « on mange bien du lapin, des vaches… ». Certes.
D’abord, ces lapins, ces vaches… sont issus d’élevages à des fins alimentaires. Et il est
interdit par la loi de manger du chat (comme du chien ou du manicou, par exemple) et d’en faire l’élevage à cette fin.
Ensuite, quel que soit l’animal domestique, chat, chien ou même lapin…, il se crée une relation psycho-affective forte avec le
propriétaire.
Dans les deux cas, même sans aborder l’aspect légal, le simple bon sens suffit pour qu’on ne vole ni l’animal d’un élevage ni l’animal
domestique appartenant à un tiers pour s’en faire un bon gueuleton !
Pensons-nous à la détresse psychologique qui s’empare des propriétaires de ces animaux ? Ou sommes-nous nous-mêmes des animaux sans scrupules
?
Enfin, il y a de nombreux chats errants et sauvages, n’appartenant à personne… mais ceux-là n’intéressent pas les mangeurs de chats : ils ne
sont pas en bonne santé.
Quand un chat se sent bien chez lui, il ne disparaît pas comme ça !
Dans la nature, le chat est très fin. Il peut tout au plus être blessé par un objet contendant ou par une bagarre avec d’autres chats, ou
alors tomber dans un trou... Le collier peut aussi lui être fatal s’il s’accroche à une branche à laquelle il peut se pendre… C’est pourquoi de nombreux chats domestiques n’ont pas de
collier.
Sur la route il est vulnérable. A la suite d’un accident fatal, on retrouve très facilement son cadavre. S’il est empoisonné par de la
mort-aux-rats, il se traîne systématiquement jusque devant le seuil de sa demeure. Dans le pire des cas, on retrouve sa trace à l’odeur nauséabonde de sa dépouille. Sinon, il est kidnappé pour
être mangé ou tué par quelqu’un qui n’aime simplement pas les chats ou qui n’aime pas son maître…
Voici les récits de quatre personnes ayant souffert à la suite de la perte de leur(s) chat(s) :
Un médecin spécialiste m’affirme qu’un de ses voisins a mangé un de ses chats. En plus ils se connaissaient.
Il y a environ un an et demi, une dame de Sainte-Luce vivait avec deux chats, son « loulou » et un autre chat à poils longs très sociable qui
s’était imposé deux ans plus tôt. Ils étaient au confort, heureux, quand ils sortaient ils n’allaient jamais loin, jamais longtemps. Une nuit de vendredi à samedi son « loulou » disparut. Elle
eut la première vision d’un voisin à Anse-Figuier qui vit un peu reclus. Elle chercha quand même partout. Une semaine plus tard, jour pour jour, le deuxième chat disparut de la même
manière.
A Sainte-Marie, Morne-des-Esses, Valérie a perdu ses cinq chats, les uns après les autres. Elle soupçonnait un grand monsieur un peu
énigmatique qui regardait ses chats avec convoitise. Lorsqu’elle partit à leur recherche, elle découvrit avec horreur la peau d’un de ses chats. Par la suite, elle apprit par des connaissances
que ce monsieur était à présent handicapé, hémiplégique. L’interprétation de Valérie est que Dieu l’a puni.
Et moi, c’est ma petite Minouche avec laquelle je vivais depuis quatre ans et demi, que j’avais sauvé de la rue, que j’avais adoptée, soignée,
guérie du stress, elle était devenue calme, sereine et heureuse. Très affectueuse, elle allait spontanément vers les êtres humains. Elle faisait de très petites virées préférant rester cosy à la
maison. Mi-août 2005, en début d’après-midi, je l’ai entendu pousser un cri strident mais très bref à proximité. Je suis sortie, je l’ai appelée, elle n’est pas venue. Deux jours plus tard, le
vent transportait une odeur de ragoût haricots rouges… J’ai chassé la première idée qui, au terme de recherches à pieds dans un rayon de deux kilomètres, ainsi qu’auprès de cabinets vétérinaires,
était pourtant la bonne.
Trois mois de détresse, de tristesse, de sentiments d’injustice profonde après une telle tragédie… est la durée moyenne qu’il faut aux
propriétaires de ces compagnons fidèles et affectueux pour refaire surface et reprendre une vie à peu près normale.
Si par hasard vous, qui lisez cet article, avez déjà mangé ou tué un chat, j’espère qu’il aura éveillé votre conscience, en tant qu’être
humain, et que vous vous joindrez au camp de ceux qui protègent ces animaux domestiques. Si ce n’est pas pour eux, au moins pensez à leurs maîtres.
Mesdames et messieurs, si la disparition de votre chat vous paraît suspecte, n’hésitez pas à porter plainte contre X, comme je l’ai fait et
comme le conseille la SPA et la RSP. C’est en effet la multiplication des plaintes qui éveillera l’intérêt des autorités à se pencher prioritairement sur ces pratiques inhumaines.
© Diane Dechièvre
Mars 2008